Le camp bourgeois plaide pour un allégement des ménages et une exemption pour les sociétés. Le Conseil fédéral et le Parlement redoutent un affaiblissement du service public et de la cohésion nationale.
«Grâce à notre réduction de la redevance SSR de 335 à 200 francs, tout le monde aura plus d’argent pour vivre», a déclaré mercredi l’UDC Thomas Matter, du comité de l’initiative «200 francs, ça suffit!» La redevance actuelle pèse aussi sur les entreprises, qui doivent être exemptées d’un impôt «injuste», selon l’Usam.
«Les consommateurs doivent être soulagés. Avec l’augmentation des loyers et des caisses d’assurance maladie, ils sont confrontés à des dépenses toujours plus importantes», a argumenté le conseiller national Thomas Matter (UDC/ZH) lors d’une conférence de presse des tenants de l’initiative à Berne.
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Soutenue par l’UDC et les Jeunes PLR, celle-ci exige que la redevance radio et télévision, «aujourd’hui la plus élevée au monde», soit réduite.
Exempter les entreprises
Les entreprises et les commerces n’y seraient plus soumis. Ils la paient aujourd’hui «à double», leurs collaborateurs s’en acquittant déjà à titre privé, a argumenté Fabio Regazzi, président de l’Union suisse des arts et métiers (Usam).
Entreprises et commerces paient en outre proportionnellement à leur chiffre d’affaires, et indépendamment du fait «qu’ils utilisent ou non l’offre de la SSR», a ajouté le Tessinois.
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«Cet argent manque aux entreprises. Pour la formation de nos apprentis. Pour la formation continue de nos collaborateurs. Mais aussi pour bien d’autres aspects, comme les investissements et la cybersécurité», a-t-il détaillé.
Diversité «plus grande que jamais»
Avec la multitude d’offres disponibles sur internet, la diversité des médias est aujourd’hui plus grande que jamais, a soutenu pour sa part Pauline Blanc, vice-présidente des Jeunes PLR. «Et nous, les jeunes, devons payer pour une offre que nous utilisons à peine».
«Le comportement des consommateurs, qui consultent beaucoup de contenus numériques et s’informent sur les réseaux sociaux, a changé», a poursuivi Pauline Blanc. «Le service public n’est désormais plus nécessaire dans son ampleur actuelle», a-t-elle estimé.
En réduisant les moyens de la SSR, «l’initiative renforce la concurrence et permet à de nouveaux produits médiatiques de se développer, ce qui est aussi positif pour la qualité dans le secteur et pour la démocratie», veut-elle croire. Enfin, une réduction de la redevance soulagerait les jeunes, dont «beaucoup ne roulent pas sur l’or».
La péréquation resterait «équivalente»
Les initiants assurent que la péréquation financière entre régions linguistiques restera «équivalente» et que les chaînes de radio et de télévision privées recevront «au moins la contribution actuelle».
Pour le conseiller national Gregor Rutz (UDC/ZH), membre de la Commission des transports et des télécommunications du Conseil national, la SSR ne doit jouer qu’un rôle de «complément» des médias privés, qui «assureraient la diversité de l’offre», en fonction du «marché».
«La raison d’être du service public réside dans la fiabilité de l’information, les contenus éducatifs et la préservation de la diversité culturelle, là où les prestataires privés se heurtent à des limites économiques. La SSR peut y parvenir avec 850 millions de francs», a affirmé de son côté Jonas Lüthy, président des Jeunes PLR.
Thomas Matter s’est pour sa part plaint de l’orientation supposément «à gauche» des journalistes du service public et de «comptes rendus partiaux». Il a aussi fustigé le fait que la SSR «ne cesse de croître alors que les médias privés doivent épargner». Selon lui, des médias de service public dans les pays voisins ont réduit leurs effectifs sans que la qualité de l’offre n’en pâtisse.
Conseil fédéral et Parlement opposés
Le Conseil fédéral et le Parlement sont opposés à une nouvelle baisse de la redevance. Le Parlement a recommandé le rejet de l’initiative sans contre-projet.
Le gouvernement a déjà fait des concessions aux initiants en décidant d’abaisser la redevance des ménages de 335 à 300 francs. De nombreuses entreprises seront en outre exemptées de l’obligation de la payer.
Le ministre des médias, l’UDC Albert Rösti, a lui-même déclaré que l’offre actuelle de la SSR n’était pas finançable pour les prestataires privés sur les petits marchés des régions linguistiques de Suisse. Il a fait valoir qu’en cas de oui à l’initiative, une centralisation de la SSR serait inévitable.
Le comité romand interpartis «NON à l’initiative SSR» a mis en garde mercredi contre les lourdes implications de l’initiative pour la cohésion nationale et la représentation des régions minoritaires comme la Suisse romande. (ATS)


